Suite à un message que j'avais posté sur "ayahusca forum", une personne expérimentée m'a répondu. Cette personne
est tombée en plein dans le mille. Il m'a ouvert les yeux sur certaines choses que je refuse, que beaucoup refuse mais qui d'uen manière ou d'une autre ressurgie.
Ce n'est pas une fin en soi, mais une sorte de raccourci en
moi!
Une vision pleine de sagesse:
Désolé de n'avoir pas répondu plus tôt; cela fait un bout de temps que je ne lis qu'en survol le forum. Les vacances et
la famille m'ont emporté.
Pour répondre à ta question, les entités qui s'infiltrent en moi, je connais. En fait, on connaît tous sans le savoir
vraiment. C'est notre pain quotidien plutôt qu'une expérience extraordinaire.
Cependant, le fait que tu la découvres de cette manière et que tu la conçoives comme anthropomorphe n'est pas sans
signification.
Il est difficile de dire ce qu'il en est, mais tu peux en savoir plus si tu te rappelles ce que tu as ressenti pendant
tout le processus de la danse et de l'intervention de tes amis. 22gr. ce n'est pas anodin non plus. J'ai perdu souvenir de qui j'étais avec bien moins que cela, et avec l'Ayahuasca ou le Yopo
plusieurs fois. Je me rappelle d'une fois où j'ai laissé entrer une sorte de démon animal (comme un taureau rouge) contre lequel je me suis battu et perdu en un tour de main. Pendant cette
transe, je parlais mal à ma femme et elle me traitait de sorcier.
On aurait pu croire que quelque force m'avait possédée. Mais cela ne me gênait guère et pendant ma transe; je n'avais
pas peur. En fait, j'avais perdu le sens de la peur, affalé par terre, incapable de même ramper. Ma femme a dû me ramener en me donnant à manger. Puis je suis retombé assez vite et je me suis mis
à pense: "Je suis donc humain... je m'en rappelle maintenant!"
Dans ces moments là, on peut croire ce que l'on veut et tout ce que cela nous paraît ou paraît aux autres. Mais on ne
sait rien en vérité. Tu as peut-être cru que c'était une entité féminine parce que ta voix était déformée de manière à te rappeler les rires/cris d'une femme. Tu as peut-être assimilé à la
féminité la frénésie et l'équilibre de ton tournoiement. Le peu que tu as ressenti avait l'air de ce que tes croyances assimilent à une "entité féminine" et à la "possession".
Mais si tu regardes les choses d'une manière différente, tu aurais pu voir cela comme ton côté féminin réprimé qui enfin
se sentait libre comme l'air de sortir et de te donner le sens de l'équilibre. Tu as décroché de ce que tu croyais être pour devenir une derviche volante. Peut-être que la joie ou l'extase (si tu
en as ressenti) de cet équilibre en mouvement à grande vitesse était pour toi une libération de ton sentiment de contrainte de ton identité sociale. Sens-tu le poids de qui tu crois être, de ce
que les autres te disent d'être? Comme tu as peut-être ressenti le poids et la peur de ceux qui t'ont ramenés en toi? Quand cette peur est-elle née? D'où vient-elle vraiment? Interroge-toi. C'est
cela la réponse à tes questions.
L'identité de cette "entité" n'est pas très importante. Je doute que tu en saches plus d'elle dans l'avenir comme si
c'était une personne d'un autre monde ou une autre personne. Cela dit, si tu sens qu'elle a toujours été auprès de toi, c'est donc que tu l'as toujours sentie et peut-être même appelée, que tu as
eu une relation avec elle, que tu en as eu besoin à un certain niveau. Ressens si cette présence t'a apporté quelque chose, s'il y a une raison pour laquelle tu pourrais la remercier. Ne regarde
pas ta peur d'abord, car la peur aveugle plus qu'elle ne prévient. La peur n'est là que pour éveiller ton attention. Maintenant, remercie-là et concentre-toi sur ce que tu veux savoir, pourquoi
tu aurais eu besoin d'elle pendant cette transe, ce qu'elle t'a apporté. Car si ce qui s'est passé s'est passé, c'est que tu l'avais demandé.
L'ayahuasca ou un chamane pourraient t'aider, mais probablement moins pour démasquer une entité intruse que pour t'aider
à changer tes croyances sur le monde. Si les esprits t'interpellent, ce n'est pas pour te donner des messages de l'autre monde, mais plus probablement parce que tu désires changer et découvrir ce
qui se trame dans le monde sous-jacent à ta propre vie.
D'une certaine manière, ce qu'ont fait tes amis est la manière (version light) des exorcistes pour ramener un malade
"possédé", ou qui se croit possédé à la norme de personnalité sociale. Et ils ont réussi en te fixant au sol par le genre de questions classiques sur l'identité. J'ai aussi fait cela sur deux
trois personnes parties. Mais après plusieurs fois, où j'ai échoué, j'ai laissé allé et j'ai accompagné. La personne en question, dépressive, était partie dans une boucle d'amour inconditionnel,
oubliant tout discours et communication, comme si elle était seulement expression vers le dehors, comme le soleil sur son nuage. Nous avons tout tenté, même l'eau sur la tête, sorti dans le froid
dehors, mais rien n'y a fait. Donc il ne nous restait que notre peur, notre confiance et notre patience. Nous avons donc attendu. Il a fallu que la personne s'endorme d'épuisement pour revenir
enfin à elle et se rappeler qui elle était. Je dis cela d'elle, mais je l'ai fait aussi avec le sommeil pour seul retour au monde habituel et je l'ai vu vivre plusieurs fois par d'autres
personnes. Tes amis auraient donc aussi pu regarder ta transe différemment et laisser cette féminité te faire tourner. Dans les rites d'Afrique noire, la possession n'est pas nécessairement une
mauvaise chose. Elle est même recherchée.
Nos réactions judéo-chrétiennes sur ce type de phénomènes naturels est emplie de peurs: sorcières, démons, blablabla. Si
tu décides de demander à l'Ayahuasca ce qu'elle en pense, prépare-toi à laisser de côté ce genre d'à-prioris religio-culturels, car la liane est aussi un serpent qui dispense la connaissance.
C'est la sagesse de la forêt qui a toujours caché le loup et fait disparaître les enfants. C'est ainsi: pour entrer dans la connaissance, on choisit chez nous entre l'université (la science) ou
la sorcellerie (ou le New-Age, comme tu préfères). Donc ta possession, tu pourrais commencer par la percevoir différement, car si tu continues, ce n'est pas un chamane qu'il te faudra aller voir,
mais un exorciste ou un psychiatre, selon ton domaine d'attachement.
Le plus dur dans l'approche du pays des esprits, c'est de changer son propre esprit et voir le piège de ses propres
croyances.
En ce qui me concerne, je choisis de voir ton expérience comme une ouverture vers une prise de conscience qui ouvre à
tout; tout ce que tu désires apprendre si tu ouvres ton esprit à l'apprentissage de ce que tu n'osais pas imaginer, tout ce que tu pourrais croire être un truc qu'on t'a dit et que tu pourrais
découvrir sous un autre jour. Pour mieux voir ce jour, ouvre ton cœur, et ne laisse pas la peur obscurcir ta vision.
Pour cela, tu pourrais aller voir un chamane. Et plutôt un mestizo ou un groupe un peu New-Age, car ils introduisent
plus doucement que les indiens culturellement plus sauvages et élevés sans morale chrétienne.
Tout en gardant à l'esprit que je ne donne là que mon opinion basée sur un seul message, j'espère que quelque chose te
parle. Et pardonne le temps qui a coulé sous les ponts avant que ma réponse vienne faire écho à ta question; peut-être que la falaise qui te sépare du monde des esprits est encore à une certaine
distance. Confiance et patience.
Merlin
Le lien de la discussion: cas de
possession
...ainsi que le lien vers un de mes article précédent:
mon côté mystique ou alors
pathologique...
Il y a des territoires plus angoissants que ceux qui couvrent la surface de la terre, ils sont en
nous...ils nous régissent, ils puisent le plus souvent dans nos peurs pour nous paralyser.